En Guinée, les violences faites aux femmes éclipsent leur rôle historique

En Guinée, les violences faites aux femmes éclipsent leur rôle historique

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L’histoire guinéenne n’aurait pu être écrite sans la partition jouée par les femmes. Ce billet rappelle le rôle joué par quelques héroïnes à l’orée de l’indépendance et les violences basées sur le genre ainsi que les droits des femmes, remisés souvent au fond du placard.
Une vendeuse au long des rails à Dixinn entrain d’expliquer l’effet de la sensibilisation sur elle lors des élections communales du 4 février 2018. Crédit photo: Hippolyte Batumbla Camara 

Qui connaît le passé du premier pays en Afrique de l’Ouest à avoir obtenu son indépendance, le 2 octobre 1958, reconnaîtra que les femmes ont été à l’avant-garde de son obtention. Tout commence en 1954. Des femmes comme Hadja Mafory Bangoura (1910-1976) lèvent le ton à travers des chants et danses populaires pour dénoncer le truquage de l’élection législative de la même année. Considérée comme « Mère-courage » de la nation guinéenne, Mafory aura été cette pionnière qui s’est battue au premier rang du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) contre les « exactions » du pouvoir colonial et surtout pour l’émancipation des femmes.

En 1955, une autre femme est injustement éventrée lors d’une révolte populaire. M’Balia Camara en état de famille, fut tuée à coup de sabre par David Sylla, un chef de canton corrompu.

Nous sommes en 1977 : « La révolte des femmes du marché de Conakry, une contestation inusitée, raconte le site perspective.usherbrooke.ca , incite le gouvernement guinéen à adopter des réformes. Le régime met notamment de l’avant des mesures visant à libéraliser l’économie, en plus de normaliser ses relations avec la France. »

C’était une victoire des femmes  dans le régime de Ahmed Sékou Touré, une manière pour elle, de faire revenir la petite entreprise c’est-à-dire permettre aux citoyens de pratiquer librement le commerce sur toute l’étendue du territoire national.

Cependant, l’histoire des femmes quoique légendaire dans ce pays en Guinée, s’efface progressivement pour donner place à une vague de mépris et de brutalités à l’encontre de celles-ci. Elles sont nombreuses ces dames qui subissent des violences conjugales ou qui ne sont pas rétablies dans leurs droits dans la société guinéenne contemporaine.

Sur le site mosaiqueguinee.com, Mme Mariama Diallo alias Tantie 500,  est celle qui a son effigie sur les billets de 500 francs guinéens. Ne bénéficiant pas des bonnes grâces de son droit à l’image, elle brise le silence qui n’a que trop duré.  « Si j’ai ma photo sur les biais de 500 Gnf, ce n’est pas donné à n’importe qui. C’est une chance et une fierté de représenter la beauté de la femme guinéenne, normalement on doit me dédommager. Je souffre beaucoup, quand je vais au marché, on dit c’est elle qui a sa photo sur les billets de 500 Gnf. On me croit riche… Je souffre beaucoup. Je demande à l’Etat de m’aider…»

Pourtant, la constitution guinéenne du 7 mai 2010 dans son article 8, offre une place de choix à la promotion de la femme. « Tous les êtres humains sont égaux devant la loi. Les hommes et les femmes ont les mêmes droits. Nul ne doit être privilégié ou désavantagé en raison de son sexe…».

Mais très malheureusement l’heure est grave. En mai 2017, Dr Mamadou Bano Barry a affirmé sur  Guinée7.com que 92% de femmes âgées de 15 à 48 ans ont été victimes de violences quelle que soit la nature, y compris l’excision.
Force est vraiment de reconnaître que bien des cas prennent des tournures graves  jusqu’à ce que mort s’en suive.

« C’est le lundi 19 février 2018 aux environs de 1h du matin  au village de Hermakono, sous-préfecture de Sangardo, qu’on a été informé de l’assassinat d’une femme par son mari. Cet assassinat fut perpétré à l’aide d’un couteau. Malgré la série de questions, le motif n’est pas connu. Le présumé auteur du crime s’appelle Mamadi Baro, âgé de 40 ans environ. Quant à la victime, elle s’appelle Doussou Traoré, âgée de 30 ans, mère de trois enfants… », peut-on lire sur Guinéenews.org.

Mais cette situation n’est pas restée seulement au pays ; avec un couple guinéen, elle s’est transportée dans les valises jusqu’à Liège en Belgique. Oumou Tabara Diallo dit Yayé, a été retrouvée morte puis enterrée dans la cour de leur habitation. Et tenez-vous bien, c’est  son mari qui aurait commis cet acte.

Des exemples fuseront de partout pour rendre compte des conditions combien de fois difficiles et tristes de ces femmes en Guinée. « Sans cesse, les dirigeants guinéens rappellent que la construction de la nation, ne peut s’opérer sans la participation de l’élément féminin, tiré de sa situation injuste d’infériorité et de sujétion…», note Claude Rivière dans Cahiers d’Etudes Africaines en 1­968.

 

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3 réactions au sujet de « En Guinée, les violences faites aux femmes éclipsent leur rôle historique »

  1. La Guinéenne est première à se lever et la dernière à se coucher . Pourtant elle continue à subir des tortures tant dans les foyers qu’au travail. Qu’attend l’application des textes qui la protège dans notre constitution ? L’heure est grave.

  2. Celui qui se rappelle très de son enfance mettra la femme à la place qui lui revient. Mais malheureusement tel n’est pas le cas, la plupart des Hommes considèrent les Femmes comme des domestiques ou un plaisir sexuel

  3. Merci infiniment pour la creation de ce magnifique site que je viens de découvrir ; la lutte contre les violences faites aux femmes doit être une priorité pour tous car elles sont la colonne vertébrale de notre société; tout homme soucieux de l’avenir de sa fille,sa femme, et meme de sa mere doit s’impliquer dans ce combat.

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