Hippolyte Batumbla

Guinée : mettre le pays à l’abri d’une culture de violence

Crédit photo: https://www.afrik.com

De CONTE à CONDE, la violence a toujours sorti sa tête pour une sortie de crise entre les trois ‘’P’’ : Pouvoir-Politicien-Population. Mais les deux premiers s’appuient sur le dernier pour arriver à leurs fins. Une situation qui ne se passe pas sans échauffourées avec une dose de peur au ventre, des tueries dans la capitale et ailleurs.

Actuellement, la grève des enseignants (depuis le 12 février) a croisé le chemin de la journée dite « Ville morte» ce lundi 26,  paralysant toutes les activités dans le pays. Les écoliers ne partent pas à l’école. L’opposition elle aussi, s’engage pour contester les résultats des communales 2018. Comme si cela ne suffisait pas du tout, le Syndicat Libre des Enseignants Chercheurs de Guinée (SLECG), est sorti hier soir chez le PRAC à Sékhoutouréya, avec la même expression de départ, c’est-à-dire « la grève maintenue ».

Des questions qui demeurent toujours

Mais pourquoi attendre une révolte pour prendre une décision d’ordre national?

La Guinée ne mérite pas ce qui lui arrive. Que ses fils aillent jusqu’à se faire tuer pour trouver solution à un problème. Que les activités soient arrêtées et même l’école guinéenne (parlant du secondaire) complètement  fermée. C’est un fait qui désoriente et laisse perplexe cet enfant qui croit fermement en l’avenir de son pays.

L’emploi est un véritable casse-tête ; il ne faudrait surtout pas que les décideurs rendent invivable ‘’Les rivières du Sud’’ : les activités paralysées, des enfants qui ne vont pas à l’école, des heurts en coin de rue et le pire, des jeunes condamnés au chômage après les études. C’est absurde. La culture de la violence et le retard à prendre des décisions ne forment qu’une seule famille en Guinée au détriment de sa population.

‘’La vie est brève et les opportunités sont fugitives’’,  dit-on souvent. Il est temps et grand temps que les consciences se libèrent. Que ceux qui gouvernent voient la réalité en face et l’admettent. Le pays de Sékou TOURE ne va jamais sombrer à travers une poignée d’intellectuels. Le peuple de Guinée n’a plus besoin de cadres véreux et égoïstes qui répandent par leurs actes, la violence  sous toutes ses formes.

Un passé non violent

Il est fondamental de se pencher sur la question en fouinant le passé de la Guinée. Là, nous sommes en 1960. Où le regard était focalisé sur la culture de façon globale. Bref défendre les acquis de la nation.

Loin de toute violence, chacun se battait pour sauvegarder les valeurs. L’équipe nationale, le Syli  de Petit Sory qui arrachait la victoire avec fierté sur les pelouses du continent et d’ailleurs. Le Bembaya Jazz national (10 ans de succès), avec la voix suave de Demba CAMARA, qui chantait  pour la paix et la fraternité. Le passé, vu sous cet angle, mérite d’être repris pour bâtir ce qui a été construit depuis le 02 octobre 1958. « Quand une multitude de petites gens dans une multitude de petits lieux, changent une multitude de petites choses, ils peuvent changer la face du monde », disait l’écrivain uruguayen  Eduardo Galeano.

  Faire preuve de maturité

C’est fini. Le denier public doit être profitable à tous comme dans les temps. Que ceux qui sont aux postes de décision descendent d’un degré pour voir la misère  de ce diplômé converti désormais en  vendeur de chaussures dans le marché Madina ; ce petit cireur qui demande à ce qu’on vote des lois à l’hémicycle se répercutant sur sa vie au quotidien ; ou encore cet handicapé se traînant à même le sol, ne  demande que son insertion socioprofessionnelle à travers un centre digne de son rang. Voilà des défis qui nous tiennent au coup à plus d’un titre.

Pour que chacun trouve  un point de chute favorable à son épanouissement, il est préférable de bannir la médiocrité, le retard ou du moins la lenteur dans la prise de décision. Au moins pour éviter de faire ce que tout le monde sait: « Le médecin après la mort ».


En Guinée, la crise sociopolitique s’intensifie, les élèves terrés à la maison et les activités au ralenti

Des élèves du lycée Donka exigeant la reprise des cours. Crédit photo: Naby Elma Camara

La crise a pris une autre dimension quand plusieurs collectifs de jeunes (la plupart activistes de la société civile) et l’opposition ont battu le pavé  à Conakry ce lundi 26 février.

Ces activistes des droits de l’homme demandent le retour des élèves à l’école. Et les leaders politiques, quant à eux, veulent les « vrais résultats » des élections communales du 4 février. Dernier bilan de cette  journée « ville morte »: 4 morts et plusieurs activistes arrêtés puis relâchés, des pneus brûlés par endroit et la route barricadée, notamment l’axe Hamdallaye-Bambeto jusqu’à Kipé.

Depuis le 12 février dernier, les cours sont perturbés au secondaire quasiment sur toute l’étendue du territoire national. Le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) dirigé par Aboubacar Soumah, réclame de meilleures conditions de vie, en particulier un salaire de base de 8 millions de francs guinéens par mois.

Au lendemain du scrutin qui s’est déroulé le dimanche 4 février 2018, les résultats ont été remis en cause par  les leaders de l’opposition, conduisant à des heurts entre militants dans plusieurs communes de la capitale  ainsi qu’à l’intérieur du pays. Toute chose qui  a également maintenu les apprenants à la maison.

Selon GuinéeNews.org, le syndicaliste Aboubacar Soumah doit rencontrer le président de la République à Sékhoutouréya pour une sortie de crise. Sur le même site,  la sortie de Dr Sékou Koureissy Condé dans une interview est sans équivoque. «La crise actuelle est intra-syndicale, et non une crise gouvernementale ou politique. C’est plutôt une crise de fonctionnement. Le syndicaliste Aboubacar Soumah a été muté, suspendu, poursuivi et son salaire suspendu… Toute chose, qui n’arrangeait pas puisque ne répondant pas aux textes. Aucun texte n’autorise le gouvernement à suspendre ou à muter un syndicaliste en période d’avis ou de préavis de grève. Cela frise l’intimidation».

Pour ce directeur exécutif d’African Crisis (une agence panafricaine de médiation),  la Guinée a tendance à apporter une solution politique et même électorale à toutes les questions qui se posent. Non. C’est pourquoi, nous sommes dans l’impasse.

« A quelques minutes de la rencontre entre le SLECG et le Prof Alpha CONDE au palais Sékhoutouréya, précise le site MosaiqueGuinée.com, cette fédération syndicale semble déterminée à défendre les intérêts des enseignants guinéens contre vents et marées ».

Pour l’heure, la ville morte continue d’être observée et certaines universités publiques et privées sont restées désertes ce mardi 27 février.


En Guinée, un village de pêcheurs menacé par la montée des eaux

Sur la côte ouest de Guinée, un village de pêcheurs est menacé par la montée des eaux : Kitikata. L’absence de routes et la vie difficile ont contraint de nombreux habitants à migrer vers les localités avoisinantes. Ceux qui sont restés sur place sont condamnés à vivre avec les intempéries.

Le pont qui relie le village à la sous-préfecture

Isolé des autres contrées de la sous‐préfecture de Koba, Kitikata se trouve entre l’océan et le marais, sur le littoral. Pas de route pour les riverains. Ils tentent leur chance sur un pont en bois archaïque pour rallier Taborya, le secteur de vente et d’achat de ces pêcheurs. Après sept kilomètres environ, le village présente une trentaine de cases modestes.

Ici, le réchauffement climatique frappe les côtes. Chaque année, une bonne partie de la terre ferme est engloutie par les eaux. Les autochtones affirment avoir reculé d’environ 800 mètres depuis 2011. Sur le rivage, les menaces de l’océan sont visibles : des résidus d’arbres fruitiers et de dalles se confondent avec l’étendue de sable. « Autrefois, le littoral était couvert par les plantations de bananes. Mais, hélas, de nos jours, l’eau et le sable les ont remplacés. Nous sommes donc obligés de céder de la place à l’eau tous les ans », témoigne Ibrahima Kaba, habitant de ce débarcadère.

La montée des eaux est un phénomène qui touche le monde entier. L’océanographe et chercheur du centre de recherche scientifique de Rogbanè (cerescor) Kandet Bangoura,  affirme : « Sur les côtes maritimes mondiales, l’eau augmente de trois millimètres par an. Les menaces de l’eau sont réelles à Kitikata».

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Chaque année, les arbres disparaissent et l’eau avance sur la terre ferme. CR: Hippolyte Batumbla.

Souvent, les cases cèdent sous la pluie

En cette saison pluvieuse, la précarité des habitations inquiète. La pluie tombe, accompagnée de vents violents. Souvent, les cases n’y résistent pas. Rencontré au port de Koba, Mamadou Sow raconte qu’il vivait auparavant à Kitikata. « J’y vendais des cigarettes et des bonbons. Une nuit, j’ai été dérangé par l’eau. Ma marchandise a été mouillée. Depuis, je suis parti pour vendre au port de Taborya », raconte ce jeune marchand. Mamadou affirme également qu’une vingtaine de familles de Kitikata vit désormais ailleurs, dans d’autres agglomérations comme Tanènè, le grand carrefour situé à 30 kilomètres avant la sous‐préfecture.

« Nous n’avons nulle part où aller, affirme Fantamas Bangoura, le chef de port de Kitikata. Ce village est tout ce que nous avons de précieux. Grâce aux produits de la mer, le quotidien est gagné. Ce n’est pas facile de rester chez nous, mais partout dans le pays il y a des difficultés ; nous essayons de surmonter les nôtres en espérant que nos conditions de vie vont changer un jour. »

Les autorités locales semblent se saisir du problème. « Plusieurs courriers on été adressés à l’Assemblée nationale, notamment à la commission des députés chargés de l’environnement. Mais jusqu’à présent nous attendons leur appui afin de renforcer les barrières de protection que constituent les mangroves », déclare Lamine Toure, sous‐préfet de Koba,.

Pour l’heure, l’eau continue d’avancer sur la terre ferme à Kitikata. Si rien n’est fait, les risques sont élevés que ce village du littoral guinéen soit définitivement rayé sur la carte du pays.


Dubréka : l’eau, un adversaire des cultivateurs dans les rizières

Les premières pluies annoncent l’hivernage en Guinée. Plus de répit pour les cultivateurs dans les rizières de la préfecture située à 50 kilomètres de la capitale : Dubréka. Ces ouvriers de la nature luttent contre l’eau, un adversaire de taille. Et d’autres intempéries qui  affaiblissent le rendement  chaque année. 

Les 137 hectares du périmètre aménagé à la portée de l’eau, des crabes et de la rouille. Crédit photo Hippolyte Batumbla Camara

 

   La centaine d’hectares aménagée part en ruine

Cette ville est certes connue pour l’art  (l’institut des arts s’y trouvant). Mais c’est aussi une contrée où l’agriculture occupe une place de choix dans les activités de la majorité des riverains. La culture du riz sur brûlis n’a plus de frontière notamment dans les secteurs Dôfili et Côperin situés sur la partie littorale de la ville.

Selon le calendrier agricole, début juin  jusqu’en mi-juillet reste l’installation et la mise en terre de la pépinière. Ensuite, vient le moment de labour et de repiquage en Août. La récolte se fait généralement au mois de septembre prolongé en décembre.

Cependant l’eau de nos jours, est  devenue une menace dans ces secteurs. La vanne qui doit la contrôler ne sert plus à grand-chose.  Les routes qui mènent aux digues depuis 1953 par l’action des crues, s’affaissent du jour au lendemain. La centaine d’hectares (137 ha) aménagée par le Fonds de Nations Unies pour l’Agriculture(FAO), appartient désormais à l’eau, aux crabes et à la rouille.

La rouille, le sel et les herbes appauvrissent le sol

Tous les cultivateurs sont revenus dans l’ancien périmètre de 73 hectares, mis en place à l’ère coloniale.  Un fait qui baisse considérablement la production du riz vu que les moyens utilisés sont rudimentaires. Et occasionne également l’inactivité d’un bon nombre de la population qui ne vit que de ce travail si pénible.

En 2014, je me rappelle bien. L’eau avait causé beaucoup de dégâts dans ces digues. Les cultures étant en ruine, la situation avait mis en mal cultivateurs et autorités de la préfecture. Et jusqu’à présent le problème est d’actualité. L’ancien périmètre dans lequel tout le monde désire s’offrir une place au soleil, est frappé de vieillissement. La rouille, le sel et les herbes sauvages emportés par la marée appauvrissent le sol.

Dans certains  endroits de la ville comme à Bouramaya dans Tanènè (nouvelle ville en langue locale), les cultivateurs sont obligés d’attendre la fin des crues d’eau, faute d’aménagement des plaines. Conséquences : faible productivité et retard de la récolte. Une question qui doit être pourtant mise sur table ; histoire de redonner un souffle nouveau à l’agriculture au niveau local.


Guinée: la montée des eaux engloutit des terres à Kabak

Plus de doute. La nature s’échauffe partout dans le pays. La montée des eaux est désormais une menace du jour au lendemain. La perte des terres et certaines cultures maraîchères à Conakry tout comme sur l’île de Kabak reste autant de conséquences de cette situation.

La mer se rapproche de la capitale

Les conditions climatiques changent au quotidien. Dans la capitale guinéenne et à l’intérieur du pays, il fait chaud et le niveau de la mer augmente considérablement.  Plus d’ombrages au long des artères publiques dans les centres urbains; à la place des arbres poussent des étages.

La canicule règne en maître dans cette région du globe pourtant proche de l’océan atlantique. Les menaces environnementales sont de plus en plus visibles. « La mer se rapproche de Conakry », laisse entendre le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique lors du Festival International du Film Environnemental de Conakry (FIFEC), le 13 février dernier.

Abdoulaye Yéro BALDE poursuit en disant que la Guinée risque de perdre le statut de patrimoine mondial de l’Unesco si rien n’est fait pour sauver les espèces de singes  des Monts Nimba (l’une des plus intelligentes au monde), menacées de disparition.

     Kabak pertubée par la montée des eaux

Le besoin devient pressant de trouver illico presto des solutions idoines pour sauvegarder la faune et la flore dans ce pays aux immenses richesses naturelles. En tout cas, l’île de Kabak dans la préfecture de Forécariah, reste désormais perturbée par la montée des eaux ; les digues sur les côtes maritimes ont lâché. « Dans les temps, 8 000 hectares de terres cultivables étaient disponibles sur cette île.  De nos jours, il ne reste plus que 3 000 hectares ; un résultat de la montée  des eaux », avertit le ministre Yéro. Et selon le site guineematin.com,  six villages de cette île pourtant  un grenier de la Basse Guinée notamment de Conakry en riz, sont menacés de disparition.

De l’autre côté, les activités d’orpaillage dans les confins de Siguiri ne vont pas sans conséquences. Elles polluent une grande partie des cours d’eau de la contrée.

Des informations qui lancent des cris d’alerte et interpelle à plus d’un titre. Le petit charbonnier du village ne doit plus penser que son pain quotidien se gagne quand les arbres de l’agglomération sont à terre. Ni le piroguier en quête effrénée des mangroves qui jonchent les côtes maritimes. Les sales habitudes dans la poubelle, c’est mieux pour la protection de ces acquis naturels du pays.